Un homme se leva, c'était un prophète
Le jour se levait lentement, par un chemin escarpé deux hommes avançaient.
Arrivé en haut de la colline, le plus vieux des deux leva le bras et dit :
- C’est ici.
Sans un mot de plus ils stoppèrent, le plus jeune aida son aîné à descendre. Avec soin, il l’accompagna sous un arbre, afin qu’il se repose et déchargea les chevaux. Il les abreuva, tendit la gourde au vieil homme et scruta l’horizon. Le vieil homme ajouta :
- N’ai crainte mon ami, il passera par le chemin que tu vois en contre-bas, cela je peux te le certifier !
- Alors moi je te certifie qu’il n’ira pas plus loin !
Le vieil homme ferma les yeux, cette longue route l’avait épuisé, de tels moments d’accalmies étaient rares désormais. Il fallait en profiter.
Anarchy, car tel était le nom du jeune soldat, saisit son arc et une flèche de son carquois. Il planta la flèche dans le sol devant lui et s’accroupit, l’arc posé sur les genoux.
Ainsi immobile il attendrait, le temps ne comptait plus, seul sa mission avait de l’importance. Il était là dans un but simple et précis, il ne faillirait pas...
Une heure passa, puis une autre. Le temps semblait suspendu, le vieil homme dormait et Anarchy veillait, scrutant l’horizon, l’attente semblait interminable. Deux nouvelles heures passèrent, puis au loin un léger nuage de poussière se dessina. Ils arrivaient ….
Sans même se redresser, Anarchy dit :
- Prophète ! Ils arrivent !
- Je le sais mon ami, es-tu prêt ?
- Oui, autant qu’on puisse l’être.
Lentement, le vieil homme se redressa, tant de choses allaient se jouer ici et il était si vieux. Comment être sûr de défendre la juste cause, alors que même les dieux semblaient avoir perdu la raison.
Le prophète savait depuis longtemps que cette guerre serait terrible. Il avait vu des peuples décimés, des nations entières disparaître dans le feu et le sang et partout la souffrance et la mort. Ces combats allaient entraîner le monde dans le chaos et la destruction.
Au fil de ses rêves, il vit tomber les légendaires cités d’Athènes, Sparte, Rome, … et toujours le même prince Cyclope à la tête des armées démoniaque d’Hadès.
Ce Cyclope était une menace pour l’humanité, pour la vie.
Chaque nuit, le Cyclope revenait, perpétrant sans relâche d’effroyables carnages, pour finir, il vit le Cyclope trancher la tête d’Hercule, le fils de Zeus et la brandir tel un trophée à son armée victorieuse.
A son réveil, le prophète était couvert de sueur. Il ne pouvait laisser faire cela, il en avait le pouvoir, car il savait tant de choses...
Anarchy attendait chaîne aux pieds d’être juger. Ce n’était qu’une simple formalité, car il avait été pris sur le fait, plusieurs jambons dans son sac. Le vol est passible de la peine de mort dans cette région, et comme bon nombre avant lui, la corde l’attendait de pied ferme.
Il ne regrettait rien, voler pour manger ne serait être considérer comme un crime, et pourtant...
Le procès fut particulièrement expéditif, et en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, il faisait la queue devant l’échafaud. De sa vie, il ne resterait pas grand chose, c’était bien dommage car il estimait, à juste titre, être le plus adroit des archers de la région. Enfin il avait été le plus adroit !
Le prophète s’approcha, avec respect un large couloir se forma devant lui et chacun s’inclina. Il s’arrêta devant l’infortuné voleur et dit :
- J’ai besoin de toi.
Anarchy n’en croyait pas ses oreilles, ce vieil homme semblait bien être sa dernière chance
- Mais, moi aussi, mon ami !
- J’en conviens (se tournant vers les gardes, il ajouta) détachez ce prisonnier !
Un murmure parcourut l’assembler, libérer un prisonnier n’était pas dans les habitudes de la cité. Le prophète renouvela sa demande, mais cette fois-ci sa voix grondait tel le tonnerre.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le prisonnier était libéré de ses chaînes et remis à la garde du prophète.
Le prophète tendit un cheval à Anarchy, et lui dit :
- Nous avons une mission à accomplir, suis-moi et si les dieux nous exaucent nous pourrons sauver quelques vies de la boucherie qui s’annonce.
Sans un mot Anarchy suivit son bienfaiteur, et voilà après quatre jours de voyage, qu’un nuage de poussière approchait.
Anarchy savait ce qu’on attendait de lui, le prophète lui avait expliqué l’importance de la mort de ce prince Cyclope. Il n’était pas particulièrement beau, ni intelligent, ni même riche mais à l’arc c’était le meilleur et cela rien ni personne ne pourrait lui enlever.
Lentement il se redressa, un Cyclope tout vêtu d’or et d’argent menait bien la troupe aux combats.
Tant de vies dépendaient de cette simple flèche, Anarchy banda son arc et d’un coup sec du pied fit basculer le rocher devant lui. Cette petite avalanche attira l’attention du prince Cyclope qui leva son unique œil vers le haut de la colline.
La flèche frappa comme l’éclair, elle entra par l’œil et ressortit par l’arrière du crâne.
Un murmure d’effroi parcourut les rangs Cyclopes, leur prince, leur héros s’écroulait touché à mort. La confusion était palpable parmi les rangs adverses, ils leurs faudraient plusieurs heures avant de nommer un nouveau chef et reprendre leur route vers les combats.
Le prophète semblait soulagé, il se tourna et remonta sur son cheval :
- Nous sommes quittes, ami archer. Que la vie reconnaisse ta valeur et ce que tu as fait pour elle aujourd’hui !
Anarchy savait que cette colline était imprenable depuis la route, le temps que les Cyclopes arrivent à son sommet il serait bien loin.
- Dans quelle direction vas-tu mon ami prophète ? Car vois-tu, je ferais bien un bout de route en ta compagnie. Je sais bien que tu n’es pas très causant, mais cela ne me gène en rien. Je peux sans aucune difficulté faire les questions et les réponses !
Le prophète ne dit mot, comme à son habitude. Mais c’est bien 2 hommes qui prirent la route de l’Ouest.